Pour le formateur, consultant, intervenant et auteur Pierre Bovo, il est inutile de se rendre jusqu’au Ritalin pour que les enfants soient attentifs en classe…
C’est ce qu’il explique dans son récent ouvrage, S’épanouir et réussir ses études, dans lequel il aborde une foule de sujets réalistes et simples afin d’outiller les parents, le jeune et les intervenants gravitant autour de lui.
Le directeur du Centre Interdisciplinaire de Montréal et conférencier réputé n’a pas la prétention de réinventer la roue; il réexamine des éléments essentiels comme la motivation, l’estime de soi ou l’autonomie, des passe-partout pour la réussite.
Selon lui, les parents ont le choix d’entrer dans le cercle vicieux de la négativité ou de demeurer constructifs face aux problèmes rencontrés par leur enfant. «Par exemple, l’autre jour, une femme est venue me voir, catastrophée, me disant que son fils en 5e année avait un sérieux trouble d’attention. Il était assis un jour devant le prof et était tellement parti (dans sa tête) qu’il ne s’est même pas rendu compte que le prof avait arrêté de parler. Ce dernier l’a fixé durant au moins une minute, jusqu’à ce que l’enfant s’en rende compte. Le prof n’avait pas fait ça par méchanceté, mais les enfants autour sont partis à rire et l’enfant est reparti en pleurant à la maison. La mère m’a dit qu’il pensait à ses amis, à autre chose, au lieu d’écouter le prof. Mais était-ce un déficit d’attention?»
«J’ai dit à la mère de prendre ça positivement; son fils n’aurait-il pas plutôt une très grande capacité de concentration?, poursuit M. Bovo. Il a simplement un « problème directionnel ». Il faut l’amener à se motiver et à diriger sa lampe de poche au bon endroit. Il faut comprendre que quand l’enfant est capable de se concentrer ailleurs, ce n’est pas une maladie physique. Tout est une question d’intérêt et de motivation.»
C’est là que M. Bovo dit non à la médication. «Le Ritalin produit une stimulation du cerveau, mais la réussite vient plus de la concentration. Oui, la médication aide à la concentration, mais si l’enfant a un problème d’estime ou de motivation, c’est comme mettre un « plaster ». Il faut donc l’aider à optimiser son fonctionnement, sans médication. On pourra ainsi éviter les problèmes de consommation éventuels.»
La vision des avantages
Pierre Bovo croit que les parents doivent se mettre davantage à la place de leurs enfants afin de saisir leurs difficultés scolaires et améliorer leur estime d’eux-mêmes. Personne n’accepterait de changer d’emploi pour ne gagner que 10% de son ancien salaire, car les désavantages supplanteraient les avantages… C’est curieusement la même chose avec les enfants.
«Il faut qu’ils voient les avantages et on devrait l’aider au niveau des difficultés. Lui dire par exemple qu’on va lui montrer à réussir le plus possible en travaillant le moins possible.» Expliquer notamment au jeune que développer sa mémoire lui permettra d’étudier moins longtemps, d’avoir de meilleures notes et plus de temps libres, s’avère très efficace, selon M. Bovo.
Tout est une question de positivisme. «Il faut qu’il soit intéressé. Et s’il n’étudie pas, ce n’est pas nécessairement une question de paresse, car quand il se dit qu’il l’est, il peut devenir démoralisé et entrer dans un cercle vicieux.» M. Bovo rappelle que ce phénomène arrive souvent lorsque l’enfant est victime de surnoms tels que «niaiseux» de la part de ses camarades. Le truc pour éviter de sombrer? Que l’enfant prenne conscience que même si les autres le traitent de niaiseux, ça ne veut pas dire qu’il l’est ou qu’il va le devenir… Tout cela est imaginaire.
L’atteinte de l’autonomie
Le but ultime derrière ce renforcement positif et ce suivi constant de la part du parent est que l’enfant atteigne l’autonomie et la maturité.
«L’enfant est alors capable de diriger ses propres actions, de se fixer des tâches et de les atteindre. Comme faire des tâches dans la maison. Ça se situe entre la motivation et la maturité. L’enfant voit ce qu’il y a à faire et le fait, il prend les choses en main; il fait ses devoirs, prépare son sac sans qu’on lui dise…», lance Pierre Bovo.
L’auteur et père conseille de parler avec l’enfant à son retour de l’école de sa journée afin qu’il déduise le travail qui l’attend. Il croit que le parent ne devrait jamais ouvrir le sac d’école ou l’agenda quand le jeune bien outillé en est capable. «On est là pour les accompagner, pas le faire à leur place. Mais il ne faut pas leur dire de se débrouiller parce que c’est leurs affaires, c’est contre-productif.»
Quant à la maturité, elle se situe au niveau des émotions, ces sentiments que seul le temps et l’autonomie peuvent contribuer à démystifier. «Il faut amener l’enfant à ne pas trop se sentir angoissé, de sorte qu’il n’ait plus peur de penser de façon réaliste», précise M. Bovo.
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